Mist rising from a still lake at dawn, evoking interoception and intuition — the body registering a signal before the mind names it

Interoception et intuition : ce que le corps sait avant l’esprit

Interoception et intuition décrivent le même événement vu de deux distances différentes. L’interoception est le sens que votre système nerveux a de votre propre état interne — battements du cœur, respiration, ventre, température, contraction ou relâchement musculaire. L’intuition, c’est ce qui se produit lorsque cette information atteint la conscience déjà transformée en verdict, sans le raisonnement qui l’a produit. Vous n’avez pas réfléchi pour arriver à quelque chose cloche ici. Votre corps avait déjà voté, et l’esprit est arrivé en retard, tenant le résultat entre les mains.

Ce n’est pas du mysticisme. C’est l’une des découvertes les mieux cartographiées des neurosciences contemporaines, et elle porte une conséquence que la plupart des écrits sur le bien-être se gardent bien d’énoncer : si le corps enregistre avant que l’esprit ne raconte, alors le récit que fait l’esprit sur les raisons de ce que vous ressentez n’est pas un compte-rendu. C’est une reconstruction — souvent une bonne reconstruction, parfois une fiction pleine d’assurance.

Cette conséquence est le sujet de cet essai. Non pas « faites confiance à votre corps », un conseil suffisamment mince pour être inutile. Quelque chose de plus exigeant : que vous dit exactement le corps, comment sauriez-vous s’il se trompait, et quelle pratique améliore réellement le signal plutôt que l’histoire que vous racontez à son sujet.

Ce que vous trouverez ici

Ce qu’est réellement l’interoception

L’interoception est la perception de l’état physiologique interne du corps — la signalisation afférente qui transporte l’information des organes, des vaisseaux et des tissus jusqu’au cerveau, et la manière dont cette information devient sensation. Le terme a reçu sa forme moderne en grande partie grâce au neuroanatomiste A.D. (Bud) Craig, qui a soutenu que l’interoception n’est pas un vague bourdonnement de fond mais un authentique système sensoriel, avec ses propres voies, sa propre destination corticale dans l’insula, et sa propre relation à l’émotion et à l’identité du soi (Craig, 2002 ; Craig, 2009).

L’affirmation de Craig était plus tranchante que « le corps affecte l’humeur ». Il a proposé que l’insula antérieure construise, moment après moment, une représentation du soi physiologique, et que cette représentation soit la matière même dont est faite la sensation subjective. Selon cette lecture, une émotion n’est pas une pensée accompagnée d’un écho corporel. C’est plutôt l’inverse : un état corporel, lu.

Considérez à quel point cela est ordinaire, une fois qu’on y prête attention. Vous entrez dans une pièce et quelque chose se contracte dans votre poitrine avant même que vous ayez identifié un seul visage. Vous lisez un courriel et votre mâchoire se serre avant que vous n’ayez terminé la deuxième phrase. Vous rencontrez quelqu’un de nouveau et votre respiration change. Dans chaque cas, le corps a déjà répondu à un motif, et ce n’est qu’ensuite que le langage arrive pour expliquer la réponse — en pointant généralement vers ce qui est le plus commodément disponible.

L’interoception n’est pas la même chose que la sensibilité

Une erreur courante consiste à traiter l’interoception comme un simple cadran que certaines personnes auraient réglé haut et d’autres bas. Les données ne soutiennent pas cette image, et cette correction compte énormément pour quiconque pratique un travail corporel sérieux. Nous y reviendrons en détail plus bas.

La position d’Ad Unum sur ce sujet

Pour être précis sur les termes utilisés tout au long de cet article :

Ad Unum Experience est le programme fondateur de Reconnective Academy International : une rencontre structurée avec son propre champ perceptif et énergétique, enseignée en présentiel et en ligne, visant l’expérience directe plutôt que la croyance. Ce programme ne demande pas aux participants d’accepter une doctrine. Il leur demande de remarquer ce qui se passe et de le décrire honnêtement, y compris lorsqu’il ne se passe rien.

Ad Unum Energy Healing est la formation de niveau praticien construite sur cette base : une approche disciplinée du travail avec le champ d’une autre personne, avec une attention explicite portée à l’éthique, aux limites, et aux frontières de ce qu’une telle pratique peut prétendre accomplir. C’est une pratique de bien-être et de conscience. Elle est complémentaire aux soins médicaux et psychologiques, et ne s’y substitue jamais.

La philosophie de l’Un — le cadre Ad Unum — soutient que la séparation est une hypothèse de travail plutôt qu’un fait définitif, et que le mouvement de l’enchevêtrement à la fusion, puis à l’unité, et le retour vers une forme différenciée, constitue la forme même du développement plutôt que son abolition. Vous pouvez lire le traitement plus complet sur la page philosophie.

L’interoception importe à ces trois dimensions parce qu’elle est l’endroit le plus concret où la question « que se passe-t-il réellement en moi, en ce moment, avant que je ne décide de ce que cela signifie ? » peut être posée sans métaphore.

Le problème de l’introspection : pourquoi vous ne pouvez pas simplement vous interroger vous-même

En 1977, Richard Nisbett et Timothy Wilson ont publié un article dont le titre est la thèse même : Telling More Than We Can Know (« En dire plus que nous ne pouvons savoir »). À travers une série d’études, ils ont constaté que les personnes invitées à expliquer leurs propres jugements produisaient systématiquement des explications assurées, cohérentes, fluides — et manifestement déconnectées des facteurs qui avaient réellement motivé le jugement. Des participants influencés par des effets de position invoquaient la qualité. Des participants influencés par un stimulus précédent invoquaient des raisons qui n’avaient rien à voir avec lui.

Le constat n’était pas que les gens mentent. C’était que le mécanisme produisant un jugement et le mécanisme produisant un récit de ce jugement sont deux mécanismes distincts, et que le second n’a pas d’accès privilégié au premier. Il infère. Il utilise des théories plausibles sur ce qui cause généralement quoi. Ces théories sont parfois justes, ce qui explique pourquoi l’introspection fonctionne suffisamment bien pour subsister.

Le philosophe Eric Schwitzgebel a poussé le raisonnement plus loin dans The Unreliability of Naive Introspection (2008), soutenant que même nos comptes-rendus sur l’expérience consciente présente — non pas ses causes, mais l’expérience elle-même — sont bien moins fiables qu’ils n’en ont l’air. Demandez-vous si votre champ visuel est net sur les bords. Demandez-vous si vous ressentez actuellement une émotion, et si oui, avec quelle intensité. L’assurance avec laquelle la plupart des gens répondent n’est pas à la hauteur de l’exactitude de leurs réponses. L’entrée de la Stanford Encyclopedia of Philosophy sur l’introspection expose soigneusement le terrain de ce débat.

Cela devrait troubler quiconque enseigne le travail intérieur. Une grande partie du développement personnel repose sur l’hypothèse que si l’on devient suffisamment silencieux et sincère, on découvrira ce qui est vrai sur soi-même. La recherche indique que la sincérité n’est pas le goulot d’étranglement. On peut être entièrement sincère et entièrement dans l’erreur, sans ressentir la moindre différence de l’intérieur.

C’est précisément pourquoi le corps compte. Les signaux interoceptifs ne sont pas à l’abri de l’erreur — nous y viendrons — mais ils constituent au moins une source différente, avec des modes de défaillance différents. Lorsque votre récit sur vous-même et votre physiologie se contredisent, vous avez appris quelque chose que ni l’un ni l’autre n’aurait pu vous apprendre seul.

Trois choses différentes que nous appelons conscience corporelle

Voici la correction promise plus haut, et c’est la découverte la plus utile, sur le plan pratique, de toute cette littérature.

Sarah Garfinkel et ses collègues (2015) ont démontré que ce que nous appelons vaguement « être en contact avec son corps » recouvre en réalité au moins trois choses dissociables :

  • L’exactitude interoceptive — la performance objective. Pouvez-vous réellement détecter votre propre battement cardiaque, testé contre la réalité ?
  • La sensibilité interoceptive — la croyance autodéclarée. À quel point vous pensez-vous être en phase avec votre corps ?
  • La conscience interoceptive — le calibrage métacognitif. Votre confiance suit-elle votre exactitude ? Quand vous êtes sûr, avez-vous raison plus souvent ?

Ces trois dimensions se dissocient. Une personne peut obtenir un score faible au test objectif tout en déclarant une forte connexion corporelle, et se sentir entièrement confiante tout au long. Cette combinaison — faible exactitude, forte sensibilité, mauvais calibrage — n’est pas rare. C’est sans doute l’état modal de quelqu’un qui a passé plusieurs années dans une pratique corporelle sans jamais recevoir de retour susceptible de le contredire.

Relisez cela, car c’est le cœur honnête de cet article. Croire que l’on est doué pour écouter son corps n’est pas la preuve qu’on l’est. C’est une variable distincte, qui peut être élevée pendant que les autres sont faibles.

L’échelle Multidimensional Assessment of Interoceptive Awareness (Mehling et al., 2012) a tenté de démêler davantage le versant autodéclaré, en distinguant le fait de remarquer, celui de ne pas se laisser distraire, celui de ne pas s’inquiéter, celui de faire confiance, et celui de la conscience émotionnelle. Ces dimensions varient elles aussi indépendamment. Quelqu’un peut remarquer une sensation corporelle avec acuité et ne lui accorder aucune confiance. Quelqu’un d’autre peut lui faire entièrement confiance et remarquer très peu de choses.

Pourquoi cela devrait changer la façon dont on enseigne le travail corporel

Si l’exactitude, la croyance et le calibrage sont trois variables distinctes, alors une pratique qui n’augmente que la croyance a produit quelque chose — mais pas ce qu’elle prétend. Elle a produit de la confiance. Or la confiance en un signal non amélioré est pire que l’absence de confiance, car elle supprime le doute qui aurait incité à vérifier.

Une pratique qui prend cela au sérieux intègre des façons de se tromper. Elle demande des prédictions précises plutôt que des impressions générales. Elle relève les séances où le ressenti n’a mené nulle part. Elle traite la certitude du praticien comme une donnée sur le praticien, non comme une preuve sur le monde.

D’où viennent les intuitions viscérales — et quand méritent-elles notre confiance

L’hypothèse des marqueurs somatiques d’Antonio Damasio (1996) a proposé un mécanisme expliquant pourquoi les états corporels fonctionnent comme des évaluations rapides. Selon cette hypothèse, les expériences passées laissent des traces physiologiques associées à des résultats ; lorsqu’une situation ressemble à l’une de ces expériences, l’état corporel associé est partiellement réactivé, biaisant le choix avant même que la délibération ne s’achève. L’intuition viscérale n’est pas un message venu d’ailleurs. C’est de la mémoire compressée, livrée dans le seul format qui arrive assez vite pour être utile.

Cela explique en un seul mouvement à la fois la puissance de l’intuition et ses limites. La mémoire compressée est excellente lorsque votre histoire contient des cas pertinents. Elle est inutile — pire, activement trompeuse — lorsque ce n’est pas le cas, car la compression n’annonce pas les lacunes de ce qu’elle a compressé.

Daniel Kahneman et Gary Klein, qui avaient passé des années à s’opposer publiquement sur la question de savoir si l’intuition experte méritait confiance, ont fini par rédiger un article commun pour trancher le débat (2009). Leur conclusion s’est révélée plus utile qu’aucune des deux positions initiales. L’intuition devient fiable sous deux conditions : l’environnement doit être suffisamment régulier pour être prévisible, et la personne doit avoir eu l’occasion d’apprendre ces régularités par une pratique accompagnée de retours.

Les deux conditions. Un pompier qui « lit » un bâtiment réunit les deux — les incendies se comportent de façon suffisamment régulière, et le retour est immédiat et sans ambiguïté. Un clinicien qui « lit » un patient réunit souvent les deux également. Un sélectionneur d’actions en bourse dispose de la seconde sans la première, ce qui explique pourquoi des décennies d’expérience produisent de la confiance sans exactitude.

L’application inconfortable

Appliquons maintenant ce test au travail intérieur, honnêtement. Le domaine est-il régulier ? En partie — les corps se comportent effectivement de manière assez régulière à bien des égards. Le retour est-il clair et rapide ? Souvent pas. Si vous ressentez quelque chose lors d’une séance et que la personne ne vous contredit pas, et que rien de mesurable ne s’ensuit, vous n’avez reçu presque aucune information. Répétez cela mille fois et vous aurez mille répétitions et très peu d’apprentissage.

Ce n’est pas un argument contre la pratique. C’est un argument en faveur d’une pratique conçue pour que le retour existe. Dites ce que vous attendez avant de le découvrir. Tenez un registre, même sommaire. Notez les échecs avec autant d’attention que les réussites, ce qui demande un effort précisément parce que la mémoire ne les conserve pas à poids égal. Quiconque construit une discipline sérieuse de développement personnel devrait considérer cela comme non négociable.

Quand le corps se trompe

Un traitement honnête doit inclure les cas où le signal corporel induit en erreur, car ils sont fréquents et lourds de conséquences.

L’anxiété en est l’exemple le plus clair. Dans la panique, les signaux interoceptifs ne sont pas absents — ils sont amplifiés et interprétés de façon catastrophique. Le rythme cardiaque est réel. Le lire comme un danger est l’erreur. Quelqu’un à qui l’on dit d’« écouter son corps » dans cet état écoutera plus attentivement un signal déjà mal interprété, et le conseil aggrave les choses.

Khalsa et ses collègues (2018) ont recensé les preuves croissantes reliant les perturbations interoceptives à des conditions couvrant tout le champ de la psychiatrie — anxiété, dépression, troubles alimentaires, addiction — et ont pris soin de noter que la relation s’exerce dans plusieurs directions. Parfois le signal est diminué. Parfois il est amplifié. Parfois il est exact mais interprété à travers un cadre qui le rend insupportable.

Le traumatisme ajoute une couche supplémentaire. Un corps qui a appris à traiter une sensation particulière comme une menace continuera de rendre ce verdict longtemps après que la menace a disparu, et ce verdict paraîtra tout aussi immédiat et autoritaire qu’un verdict exact. De l’intérieur, aucune étiquette phénoménologique ne distingue le souvenir de la perception.

Aussi la formulation responsable n’est-elle pas « votre corps sait ce qui est le mieux ». Elle est plus étroite et plus utile : votre corps sait quelque chose, plus tôt que votre esprit, et ce qu’il sait requiert une interprétation qui peut se tromper. Quiconque travaille sur ce terrain devrait savoir quand s’arrêter et orienter vers un clinicien qualifié — et devrait le dire à voix haute, aux élèves comme aux clients, plutôt que de traiter cette frontière comme une clause de non-responsabilité gênante.

Le corps prédictif : la sensation comme hypothèse

Le compte rendu qu’Anil Seth donne de l’inférence interoceptive (2013) replace tout cela dans le cadre du traitement prédictif. Selon cette vision, le cerveau ne reçoit pas passivement les signaux corporels pour les lire ensuite. Il génère continuellement des prédictions sur ce que devrait être son état interne, et traite principalement les écarts — les endroits où le monde ne correspond pas à la prévision.

La sensation, dans ce cadre, n’est pas une donnée brute. C’est la meilleure hypothèse actuelle du cerveau sur l’état du corps, pondérée par la fiabilité qu’il attribue à chaque source. Ce qui signifie que deux personnes recevant une entrée afférente identique peuvent véritablement ressentir des choses différentes, parce qu’elles arrivent avec des a priori différents.

L’implication pour la pratique est précise et légèrement dégonflante. Lorsqu’une pratique change ce que vous ressentez, elle a peut-être changé le signal, ou elle a peut-être changé la prédiction. Les deux sont des changements réels — un a priori modifié n’est pas rien, il altère l’expérience et le comportement. Mais ce sont des affirmations différentes, et les confondre est précisément ce qui fait dériver des pratiques honnêtes vers la surenchère de prétentions. La section science de ce site traite cette distinction plus longuement, et c’est la même distinction qui sépare un travail rigoureux du genre de discours que le champ de l’énergie et guérison brouille trop souvent.

Le contexte philosophique plus large ici — l’idée que la cognition n’est pas un processus se déroulant dans une tête qui possèderait simplement un corps — est exposé dans l’entrée de la Stanford Encyclopedia sur la cognition incarnée.

Ce que cela change dans la pratique

Quatre conséquences en découlent, et elles sont opérationnelles plutôt qu’inspirantes.

1. Entraîner la discrimination, pas seulement l’attention

« Remarquez votre corps » produit de l’attention. L’attention seule augmente la sensibilité — la dimension de croyance — sans nécessairement toucher à l’exactitude. La discrimination est différente : cette tension est-elle dans la poitrine ou dans la gorge ? Est-elle constante ou pulse-t-elle ? Change-t-elle quand la respiration change, et à quelle vitesse ? Les questions précises ont des réponses qui peuvent être fausses, ce qui est justement ce qui les rend formatrices.

2. Prédire, puis vérifier

Avant que l’information n’arrive, dites ce que vous attendez. Avant que la personne ne parle, nommez ce que vous ressentez. Écrivez-le si le contexte le permet. Sans une prédiction fixée à l’avance, il n’y a rien que la réalité puisse contredire, et sans contradiction, il n’y a pas d’apprentissage — seulement de l’accumulation.

3. Suivre le calibrage, pas seulement les réussites

Tenez un compte approximatif des fois où vous étiez certain et où vous vous êtes trompé. Ce chiffre en dit plus long sur votre compétence que n’importe quel nombre de confirmations, car les confirmations sont précisément ce que la mémoire conserve de toute façon.

4. Séparer la sensation de son récit

La sensation est relativement digne de confiance en tant qu’événement. L’interprétation constitue une étape supplémentaire, et c’est l’étape où la croyance préalable, l’humeur et l’attente s’introduisent. Maintenir les deux séparées — il y a une pression derrière mon sternum contre cela signifie qu’elle retient quelque chose — est une compétence qui s’apprend, et la plus protectrice de toutes les habitudes dans ce type de travail. Nos formations la traitent comme une compétence fondamentale plutôt que comme un raffinement avancé.

L’Un, abordé de l’intérieur

Il y a une raison pour laquelle cette matière appartient au cadre d’Ad Unum plutôt que de se tenir à côté comme une science empruntée.

La philosophie de l’Un n’affirme pas que les distinctions sont des illusions. Elle affirme que la séparation est une hypothèse de travail — extrêmement utile, mais non définitive. L’interoception est l’endroit où cette affirmation cesse d’être abstraite, car l’interoception est le sens dans lequel la frontière entre soi et le monde est démontrablement une construction plutôt qu’une donnée. L’insula construit un modèle du soi physiologique ; ce modèle a des contours ; ces contours sont tracés par le cerveau selon ce qu’il prédit, et ils peuvent être retracés. C’est mesurable. Cela se produit dans les expériences de la main en caoutchouc et dans la vie ordinaire.

Ce qui signifie que le mouvement décrit dans les termes d’Ad Unum — enchevêtrement, fusion, unité, et le retour vers une forme différenciée — dispose d’une lecture accessible. L’enchevêtrement est la découverte que la frontière est poreuse. La fusion, c’est ce qui se produit quand l’attention cesse de la surveiller. L’unité est l’état dans lequel le modèle cesse temporairement de tracer la ligne. Et le retour importe par-dessus tout, car une personne qui ne peut pas revenir n’a pas transcendé la frontière. Elle a perdu un outil utile.

C’est pourquoi l’Ad Unum Experience est construite en accordant autant de soin délibéré au retour qu’à la dissolution. L’objectif n’est pas de rester dans l’unité. L’objectif est une personne capable de se déplacer entre les états à volonté, et qui soit plus capable, non moins, de l’autre côté du mouvement.

Pourquoi cette lecture refuse le confort facile

La version facile de cet enseignement dit que la frontière n’est pas réelle et que vous êtes donc déjà libre. La version plus difficile et plus vraie dit que la frontière est construite, ce qui signifie qu’elle est à la fois modifiable et nécessaire — et que la compétence consiste à savoir ce qu’elle doit être en ce moment précis. Une pratique qui ne fait que dissoudre produit des personnes paisibles et incapables d’agir. Une pratique qui ne dissout jamais produit des personnes efficaces et jamais surprises par elles-mêmes.

L’interoception, prise au sérieux, maintient l’honnêteté d’une philosophie de l’unité. Elle lui fournit quelque chose sur quoi pouvoir se tromper.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’interoception en termes simples ?

L’interoception est votre sens de votre propre état corporel interne — battements du cœur, respiration, faim, température, tension musculaire, sensation viscérale. C’est un authentique système sensoriel, distinct des cinq sens externes, doté de voies neurales dédiées qui convergent vers le cortex insulaire. C’est la matière première à partir de laquelle se construisent les émotions et les intuitions viscérales.

L’intuition est-elle la même chose que l’interoception ?

Non. L’interoception est la perception ; l’intuition est un jugement qui arrive déjà formé, souvent construit en partie à partir d’informations interoceptives. L’intuition peut puiser à la fois dans le signal corporel, la reconnaissance de motifs et la mémoire. Les deux sont étroitement liées mais non identiques, et les confondre rend plus difficile de remarquer quand l’intuition fonctionne sur autre chose qu’une véritable preuve corporelle.

L’interoception peut-elle s’entraîner ?

La réponse honnête est que les données soutiennent plus clairement l’entraînement des dimensions de remarque et d’interprétation que de grandes améliorations de l’exactitude brute de détection. Les pratiques impliquant une attention soutenue à la sensation corporelle modifient de façon fiable la conscience corporelle autodéclarée ; leur capacité à améliorer substantiellement l’exactitude objective fait encore l’objet de recherches actives. Un entraînement qui inclut un retour — prédire puis vérifier — est mieux étayé qu’un entraînement reposant sur la seule attention.

Pourquoi l’introspection est-elle peu fiable ?

Parce que les processus qui produisent un jugement et les processus qui produisent une explication de ce jugement sont distincts. Comme Nisbett et Wilson l’ont montré, les gens invoquent avec assurance des raisons qui, de façon démontrable, ne les ont pas influencés, parce que l’explication procède par inférence à partir de théories plausibles plutôt que par accès direct. La sincérité ne corrige pas cela, puisque l’erreur survient avant que l’honnêteté ne devienne pertinente.

Dois-je toujours faire confiance à mon intuition viscérale ?

Non, et le test utile est précis. Les critères de Kahneman et Klein sont que l’intuition devient fiable lorsque le domaine est suffisamment régulier pour être appris et lorsque vous avez bénéficié d’une pratique répétée avec un retour rapide et clair. Là où les deux conditions sont réunies, l’intuition viscérale est souvent excellente. Là où la seconde manque, l’expérience produit de la confiance sans exactitude, ce qui se ressent de façon identique de l’intérieur.

Une pratique corporelle peut-elle remplacer un traitement médical ou psychologique ?

Non. Les pratiques de ce type relèvent du bien-être, de la conscience et du sens. Elles sont complémentaires et ne se substituent jamais aux soins médicaux ou psychologiques. Toute personne ayant reçu un diagnostic, présentant un symptôme nouveau ou inexpliqué, ou traversant une détresse psychologique significative, devrait consulter un clinicien qualifié. Un enseignant responsable le dit clairement et oriente vers un professionnel lorsque cela est indiqué.

Comment cela se relie-t-il à la philosophie d’Ad Unum ?

L’interoception est l’endroit où la frontière entre soi et le monde devient une construction observable plutôt qu’une hypothèse métaphysique. Le cadre Ad Unum soutient que la séparation est une hypothèse de travail plutôt qu’un fait définitif ; la recherche interoceptive montre que le modèle que le cerveau se fait du soi corporel possède réellement des contours mobiles. Cela donne à une philosophie de l’unité quelque chose de concret contre quoi se mesurer.

Sources

  1. Craig, A.D. (2002). How do you feel? Interoception: the sense of the physiological condition of the body. Nature Reviews Neuroscience, 3, 655–666. https://doi.org/10.1038/nrn894
  2. Craig, A.D. (2009). How do you feel — now? The anterior insula and human awareness. Nature Reviews Neuroscience, 10, 59–70. https://doi.org/10.1038/nrn2555
  3. Nisbett, R.E. & Wilson, T.D. (1977). Telling more than we can know: Verbal reports on mental processes. Psychological Review, 84(3), 231–259. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.3.231
  4. Schwitzgebel, E. (2008). The unreliability of naive introspection. Philosophical Review, 117(2), 245–273. https://doi.org/10.1215/00318108-2007-037
  5. Garfinkel, S.N., Seth, A.K., Barrett, A.B., Suzuki, K. & Critchley, H.D. (2015). Knowing your own heart: Distinguishing interoceptive accuracy from interoceptive awareness. Biological Psychology, 104, 65–74. https://doi.org/10.1016/j.biopsycho.2014.11.004
  6. Mehling, W.E., Price, C., Daubenmier, J.J., Acree, M., Bartmess, E. & Stewart, A. (2012). The Multidimensional Assessment of Interoceptive Awareness (MAIA). PLoS ONE, 7(11), e48230. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0048230
  7. Damasio, A.R. (1996). The somatic marker hypothesis and the possible functions of the prefrontal cortex. Philosophical Transactions of the Royal Society B, 351, 1413–1420. https://doi.org/10.1098/rstb.1996.0125
  8. Kahneman, D. & Klein, G. (2009). Conditions for intuitive expertise: A failure to disagree. American Psychologist, 64(6), 515–526. https://doi.org/10.1037/a0016755
  9. Seth, A.K. (2013). Interoceptive inference, emotion, and the embodied self. Trends in Cognitive Sciences, 17(11), 565–573. https://doi.org/10.1016/j.tics.2013.09.007
  10. Khalsa, S.S., Adolphs, R., Cameron, O.G. et al. (2018). Interoception and mental health: A roadmap. Biological Psychiatry: Cognitive Neuroscience and Neuroimaging, 3(6), 501–513. https://doi.org/10.1016/j.bpsc.2017.12.004
  11. Schwitzgebel, E. Introspection. Stanford Encyclopedia of Philosophy. https://plato.stanford.edu/entries/introspection/
  12. Shapiro, L. & Spaulding, S. Embodied Cognition. Stanford Encyclopedia of Philosophy. https://plato.stanford.edu/entries/embodied-cognition/

Cet article a une visée éducative. Il concerne le bien-être et la conscience, il est complémentaire aux soins médicaux et psychologiques, et ne s’y substitue jamais. Si vous avez une préoccupation de santé, consultez un professionnel qualifié.


Guglielmo Poli, Director of Reconnective Academy International

Guglielmo Poli
Directeur de Reconnective Academy International
Auteur de Consciousness and Healing
Fondateur d’Ad Unum Experience

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